Par Christian Coumin, metteur en scène
C’est là que tout commence. Il reste des blessés à trimbaler sur des carrioles bringuebalantes, des soins à donner, des gestes de consolation à inventer. Ranger, jeter, récupérer, chercher à manger, partager, voler, piller, trouver à manger, se cacher, lécher ses blessures, digérer ses peurs et ses lâchetés, soigner, chercher encore à manger, dépouiller ceux qui ont encore moins…
Les survivants. Egarés, cruels, solitaires, magnifiques, profiteurs, ils sont tout à la fois, protéiformes. Sublimes et pleutres, héroïques et cyniques. Mi hommes, mi pantins. Parce que l’humanité n’a plus de consistance, il faut la reconstruire, la réinventer. Avec ces survivants, ces miraculés…
La guerre est une saloperie. C’est une évidence. Mais derrière l’apparente platitude de ce constat, la nécessité de le redire est lourde de sens et de sous entendus. D’ici, c’est simple. Là-bas, à Gaza, où l’actuelle équipe du spectacle s’est soudée autour d’un projet commun, ce fut une évidence, née de sensations diffuses, de regards échangés, de sourires crispés.
A Gaza, quand on joue un spectacle, les visages, les rires, les applaudissements sont presque les mêmes que partout ailleurs. Pourtant, qu’on joue en Israël ou en Palestine, on est en droit d’imaginer qu’il y a des futurs extrémistes de chaque côté. On est en devoir d’espérer qu’il n’en est rien. Qu’un spectacle aussi futile fut-il peut transmettre un soupçon infime de l’utopie qu’on a mis à le créer.
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